L’Europe, l'Union, l' Euro, tous unis, plus de frontières, Liberté, Egalité,
Fraternité... Et pourtant, la société dans laquelle nous vivons est confrontée à un véritable paradoxe. Alors qu'Espagnols, Britanniques et Italiens sont reçus à bras ouverts chez leurs voisins européens, en France certains individus éprouvent le désir de chasser de leur pays d'accueil les hommes et les femmes en provenance de frontières extra-européennes, ciblant plus spécifiquement leur frustration sur les populations maghrébines et africaines. S'agit-il d'un racisme direct contre l'étranger ou plutôt d'une maladroite excuse pour justifier une situation de crise ?
II y a seulement un demi-siècle, on connaissait en Europe des mouvements xénophobes issus des régimes dictatoriaux les plus forts : l'Allemagne, pays alors en crise et dirigée par les nazis trouvait un bouc-émissaire à cette situation en la personne des Juifs ; Juifs allemands dans un premier temps, puis autrichiens, polonais, russes et français une fois les frontières franchies par ses armées.
Aujourd'hui, la France se trouve en crise : la persistance d'un taux de chômage élevé, l'évolution complexe de certains secteurs comme l'agriculture liée aux exigences économiques de la Communauté européenne, le développement de la violence dans le milieu scolaire, l’antisémitisme, les banlieues de plus en plus chaudes et marginalisées. On se croit souvent obligé de trouver une cause facile, une raison à portée de main à cette situation étrangère à la France.
Comme cela avait été le cas en Allemagne où l'on n'avait pas trop chercher à réfléchir, en France, on ne fouille pas dans les données économiques, politiques ou historiques, mais on choisit une proie facile qui devient alors un exutoire. De là des phrases anodines teintées de racisme témoignent de la réalité cosmopolite de la France dans les discussions de tous les jours : " c'est un arabe qui a brûlé (a voiture ; c'est un black qui lui a enlevé des mains le boulot ; ce sont les Espagnols qui vendent trop de fraises, il y a trop d’arabes et de noirs dans ce lycée... ".
Pourtant à l'aube du prochain siècle, chaque pays cherche à s'ouvrir encore plus envers ses voisins par la création d'emplois à l'étranger; la multiplication des échanges culturels, économiques et universitaires aussi bien dans l'espace par les déplacements des individus devenus fréquents et banalisés, que dans le temps par l'explosion de la communication informatique et la vulgarisation du système Internet.
De nos jours, un sentiment réactionnaire de rejet de l'étranger resurgit dans l'Europe occidentale. Autrefois, l'avènement de l' Etat Nation avait provoqué des réactions régionalistes tels que les basques et les catalans en Espagne, les corses en France et aujourd'hui la mondialisation provoque la naissance de mouvements politiques ultra nationalistes.
Que voulons nous refouler ? De qui voulons-nous nous débarrasser ?
Des étrangers, parait-il ? Mais, qu'est-ce qu'un étranger ?
Si nous remontons à l'origine du mot, nous nous apercevons que ce terme a souvent une connotation négative. Provenant de : extraconjugal, qui n'est pas de la famille ou du pays, il prend le sens de " ennemi " au 17ème siècle. De nos jours, le mot étranger peut s'employer, entre autre, pour désigner un intrus, quelqu'un ignorant un sujet, quelqu'un d'insensible.
II faut aussi signaler que nous remplaçons souvent et maladroitement le terme " étranger " par celui de " immigré " ou de " fils d'immigré ".
D'autre part, l'étranger peut, comme dans le roman de Camus, être la personne qui ne rentre pas dans les lois de notre société, qui ne s'adapte pas à l'hypocrisie de celle-ci.
Mais, qui parmi nous n'est pas étranger ! En regardant autour de nous, nous constatons que nous provenons le plus souvent d'un autre pays, que nous essayons tant bien que mal de tourner le dos à la société de consommation et que lorsque nous ignorons quelque chose nous devenons à notre tour étrangers à ce sujet. Les pays sont peuplés d'êtres humains d'ici et d'ailleurs, qui s'enrichissent réciproquement de leurs diverses cultures. Grâce à ce " melting-pot " qui a toujours existé, nous avons la chance de connaître d'autres coutumes, de joindre d'autres musiques à la nôtre, d'autres saveurs, d'autres écritures, d'autres sensibilités artistiques...
Montrer du doigt un bouc-émissaire n'est qu'une fausse accusation. Le refus d'affronter les véritables problèmes et l'oubli de se regarder en face nous rend comme des étrangers qui s'ignorent à part entière.